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vendredi 1er septembre 2006

Une leçon qui vaut bien un fromage

«La caisse, vite! Et pas d'histoires!» Ce ne sont pas exactement les mots employés par Mme Chassot, conseillère d'Etat fribourgeoise et présidente de la CDIP (Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique), mais ils résument à peu près sa philosophie en matière de politique scolaire: on veut du pognon, beaucoup de pognon! La Confédération a promis une augmentation de 4,5% de son budget pour la formation. Juste une affaire de quelques milliards de francs. «Pas assez!» répond Mme Chassot, qui «tape du poing sur la table» et exige le double.

Le détail piquant, c'est que cette même Mme Chassot a soutenu, en mai dernier, la fédéralisation de l'école et l'abdication des cantons quant à leur souveraineté en la matière. La Confédération allait devenir le Sauveur de la qualité de la formation, tout en ayant le tact de n'intervenir qu'en dernier recours et uniquement à bon escient.

Mais aujourd'hui, patatras!, Mme Chassot découvre que la Berne fédérale n'est pas l'Eldorado qu'elle espérait, que le ministre des finances veille à ses dépenses, et que les parlementaires bourgeois qui ne manifestent aucune intelligence des questions institutionnelles peuvent en revanche avoir le réflexe conservateur lorsqu'on leur parle d'argent. Mme Chassot, nous dit-on, juge désormais que la Confédération est «un partenaire peu fiable». S'apercevoir après trois mois seulement que le «partenaire» auquel on a cédé ses pouvoirs est «peu fiable», ce n'est vraiment pas de chance…

Et c'est ainsi que l'on découvre – mais un peu tard – que l'eau est mouillée, que la poudre que l'on vient d'inventer peut nous exploser à la figure, et qu'un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.

(Le Coin du Ronchon, La Nation, 1er septembre 2006)