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vendredi 30 janvier 1998

Avec le réseau du professeur Kleiber, nous deviendrons plus intelligents

Et si les réactionnaires ne réagissaient pas?

Un récent numéro de l’Uniscope, journal hebdomadaire de l’Université de Lausanne, nous parle de Charles Kleiber, nouveau secrétaire d’Etat à la science et à la recherche, promu «Ministre de la science» par le fougueux éditorialiste.

Charles Kleiber affirme donc: «La Suisse est petite, elle est menacée dans es performances scientifiques.» Phénomène bien connu: les petits pays ne font que de petites découvertes. Heureusement, le druide de la recherche helvétique a une potion magique: le réseau. «La mise en réseau des institutions universitaires et de recherche de toute la Suisse, Unis, HES et EPF, doit permettre d’atteindre une masse critique (on ne rit pas au fond de la salle!) qui favorise l’innovation et la qualité de l’enseignement et de la recherche.» Big is pas seulement beautiful, mais aussi plus performant, principe déjà appliqué aux effectifs des classes vaudoises par EVM.

Mais attention! Gare aux réfractaires tapis dans les arrière-salles poussiéreuses de l’Université: «Celles et ceux qui restaient imperméables à tout échange entre instituts, unités ou facultés, celles et ceux qui voyaient d’un œil malsain le partage de leurs prérogatives avec l’uni concurrente devront se réveiller.» Car l’œil exercé de «Super-Kleiber» (sic) voit venir le danger: «Pour l’instant tout le monde applaudit, mais la résistance des roitelets sur le déclin se fera certainement rapidement sentir.»

Mais que se passerait-il – question naïve – si la «résistance des roitelets» (et le féminin, alors?) ne se faisait pas sentir? Si les universitaires («étudiantEs et professeurEs») acceptaient de collaborer et de travailler en réseau tout en maintenant l’identité de leurs institutions respectives? De quoi aurait l’air le combat du Bien contre le Mal si le gentil chercheur triomphant ne pouvait pas exhiber quelque hideux professeur blochérien devant la populace admirative? Sous quel prétexte fusionnerait-on toutes les hautes écoles du pays si, sournoisement, elles se mettaient à travailler ensemble? On frémit.

(Le Coin du Ronchon, La Nation, 30 janvier 1998)