01: Fierté numérique
Les opposants irréductibles au changement marqueront le mois d'avril 2007 d'une pierre noire: c'est en effet à cette date que la région de Zurich perdra définitivement son indicatif téléphonique «01», désormais remplacé par un vulgaire «044». Après avoir imposé à toute la Suisse des numéros à sept chiffres, puis à dix en rendant l'indicatif régional obligatoire, l'administration fédérale parachève ainsi l'instauration de ses grands rêves technocratiques de numérotation de la Suisse tout en insistant lourdement sur son immense générosité quant aux délais d'application. Mais loue-t-on assez l'immense bonté des abonnés qui acceptent de se plier à tous ces caprices technologiques?A Zurich, précisément, ils n'ont pas accepté sans livrer bataille. Un comité «Zürich bleibt 01» s'est opposé au changement en vain. Les motifs avancés, d'ordre économique, masquaient mal la véritable raison de cette fronde: les bourgeois des bords de la Limmat étaient fiers de leur indicatif «unique»! Certains souriront, railleront cette puérilité face à un bête numéro de téléphone, dénonceront l'arrogance habituelle de la métropole commerciale Mais ne ferait-on pas mieux d'admirer cette résistance identitaire face au rationalisme administratif?
Les numéros ont tous leur part de magie, de mystère, voire de noblesse. «01» a du panache. Si Vaud l'avait eu, nous aurions dû nous y accrocher! A la place, nous avons le «021», qui est désormais le premier indicatif téléphonique de la Suisse. Surtout, notre capitale possède le premier numéro postal: «1000». Genève, Fribourg et Sion en dépendent, Neuchâtel, Berne et Zurich viennent ensuite: voilà bien un motif de fierté numérique que nous devrons défendre avec la dernière énergie le jour où quelque vague organisme fédéral voudra tout modifier.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 30.03.2007)